De la narrativisation à la théâtralisation : enjeu esthétique et dramaturgique

 La littérature transcende toujours les frontières de la pensée à tel point que le romanesque, foisonnant de mots et de formes narrativisées, devient incarné dans l’univers vivant et dynamique du théâtre. Si le romanesque raconte une histoire, la théâtralisation tend, sans le moindre doute, à lui donner vie sur scène. De ce principe découle l’idée d’une transmutation de la narrativisation fondée sur l’art du récit, qui confie à une voix ou à un narrateur la tâche de rapporter une histoire centrée sur des personnages déterminés et dont les événements se déroulent dans un cadre spatio-temporel défini, à la théâtralisation qui offre une nouvelle vie à cette histoire en traduisant les événements en actes joués sur scène par des corps vivants devant un public plus large et diversifié. Une telle transmutation fait de la scène un espace idéal visant à assurer la renaissance aux classiques littéraires. Plusieurs indices historiques confirment le passage  du récit à la scène, ou plus précisément, la transformation d’un monde narré –  dans lequel se déploie le temps, se multiplient les perspectives et l’intériorité est décrite ou commentée – à un monde représenté dans lequel tout est condensé, exposé ou confié au présent du corps et de la voix. Un exemple emblématique est, à ce propos, « Les Misérables » de Victor Hugo, cette épopée sociale et humaine dont l’adaptation en comédie musicale a connu un énorme succès en 1980. De même, « Le Procès » de Franz Kafka est l’un des romans dont la représentation scénique a plongé, en 1962, le spectateur dans l’univers absurde et oppressant de l’auteur et où le décor et la mise en scène ont mis en relief le sentiment d’aliénation. Nous n’hésitons pas, quand même, d’insérer « Potter et l’Enfant maudit », dont l’histoire originale est écrite par John Tiffany, Jack Thorne et J. K. Rowling, dans la série des romans adaptés au théâtre puisque le fait de théâtraliser cet ouvrage a créé une sorte d’alliance entre lecteurs et spectateurs. La liste en est donc longue, mais la transmutation de la narrativisation à la théâtralisation trouve un large écho dans la littérature arabe. Plusieurs sont les romans qui ont été théâtralisés et représentés sur scène et parmi lesquels il convient d’indiquer « Le Noir vous va bien » de l’écrivain syrien Mohamed Almaghout, « Sa Majesté » de l’écrivain égyptien Tawfiq El-Hakim,  « Le Parrain » du romancier libanais Khalil Gibran, « Le Mufti et le patient » de l’auteur syrien Saadallah Wannous, « Le porteur de l’eau, Adieu » de l’écrivain égyptien Naguib Alkilani, voire « Début et fin », « Le passage de Miracles » et « La Triologie » de Naguib Mahfouz, lauréat du prix Nobel. 

Dans ce contexte, l’Université des Arts de Târgu Mureș organise un colloque international, les 21 et 22 octobre 2026, consacré à la thématique « De la narrativisation à la théâtralisation ». Voici quelques questions auxquelles sont invités à répondre les chercheurs, les enseignants, les doctorants et tous ceux concernés par la thématique proposée :  dans quelle mesure les structures narratives linéaires ou polyphoniques résistent-elles à la condensation dramaturgique exigée par la scène? Quelles fonctions assumées par un narrateur hétérodigétique ou homodiégétique sont transférables au dispositif théâtral, et par quels procédés de délégation énonciative? Comment la temporalité du récit, notamment l’analypse et la prolepse, est-elle resémantisée dans l’unité de temps scénique? La théâtralisation opère-t-elle une déhiérarchisation des instances narratives, et quelles en sont les implications poétiques? En contexte postcolonial, la mise en scène d’un récit national participe-t-elle à une relecture critique ou à une réification identitaire? Quels sont les cadres théoriques qui permettent d’analyser l’écart productif entre texte narratif et représentation théâtrale?

APPEL À CANDIDATURE

ATELIER DE RECHERCHE SUR LES NOUVELLES FORMES PERFORMATIVES AVEC PATRICE PAVIS

(TÂRGU MURES, ROUMANIE)

L’Institut de recherche théâtrale et multimédia de l’Université des Arts de Târgu-Mures (Roumanie) organise un atelier de recherche de trois jours, du 13 au 15 novembre 2019, dirigé par Patrice Pavis, ayant pour principal objet le théâtre et les nouvelles formes performatives.

Le déroulement de l’atelier sera le suivant :

  1. Premier jour : table ronde sur le thème de la traduction du texte de théâtre (traduction de pièces ou de travaux théoriques en lien avec le théâtre) ;
  2. Deuxième jour : atelier d’analyse du texte dramatique performatif, sur une pièce à définir encore ;
  3. Troisième jour : table ronde sur quelques textes théoriques récents de Patrice Pavis : « (Le) théâtre et ses doublures », « Performance (extension du domaine de la…) », « Mise en scène depuis 2000 ».

La langue de travail de l’atelier sera le français.

Les organisateurs sélectionneront 12 personnes, des chercheurs ayant le titre de docteur ou le statut de doctorant, qui participeront au cours des trois jours à un dialogue avec Patrice Pavis sur les thèmes annoncés. Les documents de travail nécessaires au bon déroulement de l’atelier leur seront alors envoyés par e-mail.

Les organisateurs ont l’intention de publier un volume pour laisser trace de cet atelier.

Les candidatures pour participer à cet atelier (lettre de motivation accompagnée d’une notice biographique, en langue française, au format Word) sont à envoyer par courrier électronique, avant le 30 juillet 2019, aux deux adresses e-mail suivantes :

Sorin Crisan : si_crisan@yahoo.com

Julien Daillère : j.daillere@gmail.com

Les propositions seront examinées par un comité scientifique qui rendra son avis avant le 15 août 2019.